La Victorine
Fleuron des studios de cinéma français et internationaux, les studios de la Victorine ont été inaugurés en 1919. Ces studios bientôt centenaires ont été le décor des plus grandes productions françaises et internationales. Marcel Carné y a tourné Les Enfants du Paradis (1945), Roger Vadim Et Dieu créa la femme, rôle mythique de Brigitte Bardot, ou encore François Truffaut qui y dédia l'une de ses plus grandes réalisations, La Nuit Américaine. Des réalisateurs internationaux renommés y ont également posé leur caméra comme, entre autres, Rex Ingram pour Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse et Alfred Hitchcock qui y a tourné une partie de son film Le Passé Ne Meurt Jamais.
Nous avons été sollicités par la Ville de Nice en 2018 pour mener une étude de définition sur l'avenir des studios de la Victorine, patrimoine centenaire du cinéma français. Inaugurés en 1919, ces studios ont été le théâtre de productions mythiques : *Les Enfants du Paradis* de Marcel Carné, *Et Dieu créa la femme* de Roger Vadim, *La Nuit Américaine* de François Truffaut, ou encore *Le Passé Ne Meurt Jamais* d'Alfred Hitchcock. Mais depuis plusieurs décennies, la Victorine a perdu sa vitalité productive. Des bâtiments restent vacants, des plateaux désaffectés. Face à cette érosion, notre mission consistait à imaginer comment redonner vie à ce lieu emblématique, non par nostalgie, mais par une refondation programmatique et urbaine profonde.
**Le site lui-même porte une histoire singulière**, celle d'un enclos de production au cœur d'un tissu urbain niçois qui s'est densifié autour de lui. Il occupe une surface importante, près de 33 000 m², dans un quartier résidentiel relativement homogène. Cette enclave constitue une anomalie urbaine, un territoire fermé, opaque, presque introuvable pour qui ne connaît pas son existence. Pourtant, sa localisation offre un potentiel stratégique : à proximité des axes de circulation, accessible sans être isolé, ce site pourrait devenir un véritable carrefour culturel et économique. Nous avons d'emblée compris que l'enjeu n'était pas seulement de réhabiliter des bâtiments existants, mais de penser une **nouvelle urbanité** pour la Victorine, capable de conjuguer création professionnelle et ouverture au public, intimité de la production et partage des savoirs.
Le programme esquissé repose sur une ambition double : maintenir et développer l'activité de studios de cinéma tout en ouvrant le lieu à d'autres fonctions liées à l'image, à la transmission, à l'économie créative. Studios de tournage, espaces de postproduction, bureaux pour les métiers techniques, mais aussi médiathèque, lieux d'exposition, espaces de formation, commerces de proximité. L'idée était de faire de la Victorine une **ville dans la ville**, un écosystème complet dédié aux industries culturelles et créatives. Non pas un parc thématique figé dans la mémoire du cinéma, mais un outil de travail contemporain, attractif pour les productions nationales et internationales, où les professionnels trouveraient l'ensemble des ressources nécessaires à leurs projets.
Nous avons abordé l'étude en questionnant la notion même de studio. Historiquement, les studios de cinéma sont des **forteresses productives**, repliées sur elles-mêmes, hostiles au regard extérieur. À la Victorine, cette logique d'enclos a contribué à son déclin : en se fermant à la ville, le lieu s'est coupé de son environnement économique et social. Notre démarche a consisté à inverser cette logique. Comment ouvrir sans tout dévoiler ? Comment rendre poreuse cette frontière sans compromettre les impératifs de confidentialité inhérents aux tournages ? Nous avons imaginé une stratification programmatique, avec des zones de production protégées au cœur du site et des fonctions publiques en périphérie, créant ainsi des interfaces entre le monde du cinéma et les habitants de Nice.
La **matérialité** du projet devait dialoguer avec l'héritage industriel du lieu, ses hangars, ses plateaux aux charpentes métalliques, ses façades modestes. Nous avons envisagé une architecture sobre, construite en matériaux durables, béton brut, métal, verre, capable de composer avec l'existant sans pastiche. Certains bâtiments historiques méritaient d'être conservés, réhabilités, réinvestis. D'autres, dépourvus de valeur patrimoniale, pouvaient être démolis pour libérer de l'espace, densifier, créer des respirations, des cours intérieures, des jardins traversants. L'enjeu n'était pas de tout raser, mais de **composer une sédimentation**, mêlant traces du passé et interventions contemporaines. Nous avons également réfléchi à la question des hauteurs : comment densifier sans écraser le quartier environnant ? Comment créer des repères visuels tout en respectant l'échelle locale ? Ces questions ont nourri nos esquisses volumétriques, nos études d'ensoleillement, nos réflexions sur les vues et les perspectives.
Sur le plan environnemental, l'étude a intégré dès l'origine des préoccupations écologiques fortes. Les studios de cinéma sont des consommateurs massifs d'énergie, notamment pour l'éclairage, la climatisation des plateaux, la gestion des flux techniques. Nous avons exploré des pistes de **mutualisation énergétique**, l'intégration de dispositifs photovoltaïques, la récupération des eaux pluviales, la création d'îlots de fraîcheur par la plantation d'arbres et la désimperméabilisation partielle du sol. L'idée était de faire de la Victorine un modèle de production culturelle responsable, où performance technique et sobriété écologique ne s'opposeraient pas, mais se renforceraient mutuellement. Nous avons également travaillé sur les mobilités, imaginant des circulations douces à l'intérieur du site, des connexions facilitées avec les transports en commun, une réduction de la dépendance à l'automobile.
Ce qui nous a particulièrement intéressés dans ce projet, c'est sa dimension **collective et fédératrice**. La Victorine ne devait pas être un simple outil immobilier, mais un lieu de rencontre, de transmission, d'apprentissage. La médiathèque, par exemple, pouvait devenir un centre de ressources sur le cinéma et l'image, ouvert aux étudiants, aux chercheurs, aux cinéphiles. Les bureaux devaient accueillir non seulement des sociétés de production, mais aussi des startups spécialisées dans les effets spéciaux, la réalité virtuelle, les nouveaux formats narratifs. En regroupant ces acteurs, en favorisant les échanges informels, en créant des synergies, la Victorine pouvait redevenir un **pôle d'innovation** pour l'industrie audiovisuelle, à l'échelle régionale, nationale, et pourquoi pas européenne.
Notre étude, menée en 2018, a permis de mesurer le potentiel d'embellissement, de densification, de réinvention de ce site exceptionnel. Elle a posé les bases d'un projet architectural et urbain ambitieux, capable de rendre à la Victorine son rayonnement, non par la simple restauration du passé, mais par l'invention d'un futur désirable. Aujourd'hui, ce travail reste une référence pour nous, une exploration des possibles, un manifeste pour un cinéma ancré dans son territoire, ouvert sur le monde, conscient de ses responsabilités sociales et environnementales.
**Le site lui-même porte une histoire singulière**, celle d'un enclos de production au cœur d'un tissu urbain niçois qui s'est densifié autour de lui. Il occupe une surface importante, près de 33 000 m², dans un quartier résidentiel relativement homogène. Cette enclave constitue une anomalie urbaine, un territoire fermé, opaque, presque introuvable pour qui ne connaît pas son existence. Pourtant, sa localisation offre un potentiel stratégique : à proximité des axes de circulation, accessible sans être isolé, ce site pourrait devenir un véritable carrefour culturel et économique. Nous avons d'emblée compris que l'enjeu n'était pas seulement de réhabiliter des bâtiments existants, mais de penser une **nouvelle urbanité** pour la Victorine, capable de conjuguer création professionnelle et ouverture au public, intimité de la production et partage des savoirs.
Le programme esquissé repose sur une ambition double : maintenir et développer l'activité de studios de cinéma tout en ouvrant le lieu à d'autres fonctions liées à l'image, à la transmission, à l'économie créative. Studios de tournage, espaces de postproduction, bureaux pour les métiers techniques, mais aussi médiathèque, lieux d'exposition, espaces de formation, commerces de proximité. L'idée était de faire de la Victorine une **ville dans la ville**, un écosystème complet dédié aux industries culturelles et créatives. Non pas un parc thématique figé dans la mémoire du cinéma, mais un outil de travail contemporain, attractif pour les productions nationales et internationales, où les professionnels trouveraient l'ensemble des ressources nécessaires à leurs projets.
Nous avons abordé l'étude en questionnant la notion même de studio. Historiquement, les studios de cinéma sont des **forteresses productives**, repliées sur elles-mêmes, hostiles au regard extérieur. À la Victorine, cette logique d'enclos a contribué à son déclin : en se fermant à la ville, le lieu s'est coupé de son environnement économique et social. Notre démarche a consisté à inverser cette logique. Comment ouvrir sans tout dévoiler ? Comment rendre poreuse cette frontière sans compromettre les impératifs de confidentialité inhérents aux tournages ? Nous avons imaginé une stratification programmatique, avec des zones de production protégées au cœur du site et des fonctions publiques en périphérie, créant ainsi des interfaces entre le monde du cinéma et les habitants de Nice.
La **matérialité** du projet devait dialoguer avec l'héritage industriel du lieu, ses hangars, ses plateaux aux charpentes métalliques, ses façades modestes. Nous avons envisagé une architecture sobre, construite en matériaux durables, béton brut, métal, verre, capable de composer avec l'existant sans pastiche. Certains bâtiments historiques méritaient d'être conservés, réhabilités, réinvestis. D'autres, dépourvus de valeur patrimoniale, pouvaient être démolis pour libérer de l'espace, densifier, créer des respirations, des cours intérieures, des jardins traversants. L'enjeu n'était pas de tout raser, mais de **composer une sédimentation**, mêlant traces du passé et interventions contemporaines. Nous avons également réfléchi à la question des hauteurs : comment densifier sans écraser le quartier environnant ? Comment créer des repères visuels tout en respectant l'échelle locale ? Ces questions ont nourri nos esquisses volumétriques, nos études d'ensoleillement, nos réflexions sur les vues et les perspectives.
Sur le plan environnemental, l'étude a intégré dès l'origine des préoccupations écologiques fortes. Les studios de cinéma sont des consommateurs massifs d'énergie, notamment pour l'éclairage, la climatisation des plateaux, la gestion des flux techniques. Nous avons exploré des pistes de **mutualisation énergétique**, l'intégration de dispositifs photovoltaïques, la récupération des eaux pluviales, la création d'îlots de fraîcheur par la plantation d'arbres et la désimperméabilisation partielle du sol. L'idée était de faire de la Victorine un modèle de production culturelle responsable, où performance technique et sobriété écologique ne s'opposeraient pas, mais se renforceraient mutuellement. Nous avons également travaillé sur les mobilités, imaginant des circulations douces à l'intérieur du site, des connexions facilitées avec les transports en commun, une réduction de la dépendance à l'automobile.
Ce qui nous a particulièrement intéressés dans ce projet, c'est sa dimension **collective et fédératrice**. La Victorine ne devait pas être un simple outil immobilier, mais un lieu de rencontre, de transmission, d'apprentissage. La médiathèque, par exemple, pouvait devenir un centre de ressources sur le cinéma et l'image, ouvert aux étudiants, aux chercheurs, aux cinéphiles. Les bureaux devaient accueillir non seulement des sociétés de production, mais aussi des startups spécialisées dans les effets spéciaux, la réalité virtuelle, les nouveaux formats narratifs. En regroupant ces acteurs, en favorisant les échanges informels, en créant des synergies, la Victorine pouvait redevenir un **pôle d'innovation** pour l'industrie audiovisuelle, à l'échelle régionale, nationale, et pourquoi pas européenne.
Notre étude, menée en 2018, a permis de mesurer le potentiel d'embellissement, de densification, de réinvention de ce site exceptionnel. Elle a posé les bases d'un projet architectural et urbain ambitieux, capable de rendre à la Victorine son rayonnement, non par la simple restauration du passé, mais par l'invention d'un futur désirable. Aujourd'hui, ce travail reste une référence pour nous, une exploration des possibles, un manifeste pour un cinéma ancré dans son territoire, ouvert sur le monde, conscient de ses responsabilités sociales et environnementales.
- Lieu
- Nice, France
- Nature
- Culture / Studios de cinéma
- Surface
- 33 000 m²
- Concours
- 2018
- MOA
- Ville de Nice