Ecotone Arcueil
Ecotone propose de créer un lien inédit entre la ville et la nature. Un lien physique de transition entre le parc du coteau et la ville, mais également la volonté de faire le lien vers un nouveau modèle de société : en travaillant sur la porosité entre le bâti et le végétal, Ecotone offre la possibilité d’une nouvelle relation entre l’homme et la nature, une relation plus vertueuse et plus respectueuse de l’environnement. Cette logique profondément biophilique contribue non seulement au bien-être des usagers du bâtiment, mais vise également à orienter les comportements vers plus de sobriété et de conscience écologique. Notre projet prend la forme d’un bâtiment étagé en terrasses le long de la pente et creusé de patios permettant l’éclairage intérieur des lieux de vie et de travail.
Nous avons conçu Ecotone comme une réponse à une question architecturale et écologique centrale : comment construire en ville sans opposer le bâti au vivant ? Le site d'Arcueil, au contact du parc du Coteau, nous offrait une occasion rare de travailler cette porosité entre deux mondes, celui de la ville dense et celui du paysage naturel. Ce n'est pas un geste de réconciliation symbolique que nous avons cherché, mais une continuité physique, une traduction architecturale de la notion d'**écotone**, ce terme emprunté à l'écologie qui désigne la zone de transition entre deux écosystèmes. Ici, le bâtiment devient lui-même cette zone de passage, de transformation progressive, un espace où les usages humains et les dynamiques végétales coexistent et se soutiennent mutuellement.
Le site porte en lui une double contrainte. D'un côté, la proximité immédiate de l'autoroute impose des nuisances sonores et une pollution atmosphérique qu'il faut filtrer, contenir. De l'autre, le Coteau offre une respiration verte, une topographie singulière qui mérite d'être prolongée plutôt qu'interrompue. Nous avons donc choisi de concevoir un bâtiment étagé en terrasses qui suit la pente naturelle du terrain, comme une extension construite du relief existant. Ce principe de **topographie bâtie** organise l'ensemble du projet : chaque niveau recule progressivement, libérant des terrasses généreuses plantées qui forment autant de strates végétales superposées. Le bâtiment ne s'impose pas au paysage, il s'y inscrit, s'y fond, en devient un prolongement habitable.
Le programme mixte, réunissant bureaux, hôtel et commerces sur 81 870 m², aurait pu conduire à une juxtaposition fonctionnelle classique. Nous avons préféré travailler sur la porosité et l'articulation des usages autour de **patios creusés**, véritables poumons intérieurs qui structurent le projet. Ces patios ne sont pas de simples cours intérieures, ils sont des écrins de biodiversité, des espaces climatiques régulés qui protègent les activités partagées des nuisances extérieures tout en maintenant une connexion visuelle et sensible avec le ciel et la végétation. Certains patios sont directement accessibles depuis les espaces de travail, d'autres servent de lieux de rencontre informels, de jardins potagers partagés ou de terrasses de restaurant. Ils instaurent une respiration au cœur de la masse bâtie et permettent un éclairage naturel généreux des plateaux de bureaux, réduisant ainsi les besoins en éclairage artificiel.
La collaboration avec Duncan Lewis, Scape Architecture, Parc Architectes et Triptyque Architecture a été essentielle pour déployer cette ambition **biophilique** à toutes les échelles du projet. Duncan Lewis, avec sa sensibilité à l'architecture paysagère organique, a nourri notre réflexion sur la fluidité entre intérieur et extérieur. Triptyque Architecture, par son expérience brésilienne de l'architecture tropicale et de la végétalisation intensive, a apporté une expertise précieuse sur la gestion de la végétation en climat urbain. Parc Architectes a contribué à la conception des espaces publics et des connexions urbaines, permettant d'ancrer le projet dans son quartier tout en préservant son identité paysagère forte.
L'**épiderme vivant** d'Ecotone repose sur le principe d'une double façade : une peau de verre, performante thermiquement, protège les espaces intérieurs, tandis qu'une seconde peau végétale, composée de jardinières en gradins et de treilles, enveloppe l'ensemble du bâtiment. Cette double enveloppe n'est pas un décor, elle a une fonction climatique et acoustique précise. La strate végétale absorbe une partie des nuisances sonores de l'autoroute, filtre les particules fines, atténue les surchauffes estivales par évapotranspiration et crée des micro-climats favorables sur les terrasses. En hiver, la façade vitrée capte les apports solaires passifs, tandis que la végétation caduque laisse passer la lumière. Ce système low-tech, facile à entretenir et à régénérer, repose sur une sélection d'espèces locales adaptées au climat francilien, privilégiant les vivaces rustiques, les graminées et les arbustes à port léger qui animent la façade sans l'alourdir.
Ces terrasses plantées ne sont pas des espaces résiduels. Nous les avons conçues comme des prolongements habitables des plateaux de bureaux, des lieux où l'on peut installer une salle de réunion informelle, une zone de détente, un potager partagé ou simplement un espace pour déjeuner en plein air. Cette **porosité programmatique** entre intérieur et extérieur encourage des comportements plus sobres, plus conscients de l'environnement immédiat. Travailler au contact de la nature, observer le cycle des saisons, participer à l'entretien d'un jardin potager, ces gestes simples contribuent à transformer la relation des usagers à leur lieu de travail et, au-delà, à l'écologie urbaine.
Au niveau R+4 et R+5, des passerelles relient certains espaces de part et d'autre des patios, favorisant la circulation fluide et les échanges entre équipes. Ces connexions aériennes, légères et vitrées, offrent des vues plongeantes sur les jardins intérieurs et participent à la sensation de continuité spatiale qui caractérise le projet. Elles évitent les longs détours par les circulations verticales et renforcent la cohésion sociale du lieu, un enjeu majeur pour un programme tertiaire de cette ampleur.
Tout au long de l'année, Ecotone évolue. Les variations chromatiques de la végétation, du vert tendre printanier aux teintes cuivrées de l'automne, font du bâtiment un **paysage vivant** en transformation permanente. Cette temporalité végétale, inscrite dans le cycle naturel des saisons, contraste avec la stabilité apparente de l'architecture minérale et rappelle aux usagers qu'ils habitent un organisme vivant, en équilibre fragile avec son environnement. C'est cette conscience de la fragilité, de l'interdépendance, que nous voulions inscrire dans l'expérience quotidienne du lieu. Ecotone n'est pas un bâtiment décoré de plantes, c'est un écosystème hybride où l'architecture et le végétal coopèrent pour offrir un cadre de vie et de travail plus sain, plus résilient, plus désirable.
- Lieu
- Arcueil, France
- Nature
- Mixte
- Surface
- 81 870 m²
- Budget
- 190 M€ HT
- Concours
- 2017
- Livraison
- 2025
- MOA
- Compagnie de Phalsbourg, Codeurs et compagnie, Hertel Investissement, Engie Avenue
- Co-architectes
- Duncan Lewis - Scape Architecture, Parc Architectes, Triptyque Architecture