Aller au contenu principal
Mille Arbres, forêt habitée au-dessus du périphérique parisien, OXO Architectes et Sou Fujimoto
Étude · Ville vivante

Un million
d'arbres pour Paris

Paris recense déjà 219 360 arbres. Et si on accélérait, pour en planter un million de plus d'ici 2050 ?

Projet Mille Arbres, OXO Architectes + Sou Fujimoto (image de concours)
Le constat

Paris a chaud, et de plus en plus souvent

L'été, la pierre et l'asphalte emmagasinent la chaleur le jour et la relâchent la nuit. C'est l'îlot de chaleur urbain : en pleine canicule, le cœur de Paris reste plusieurs degrés plus chaud que sa campagne, au moment précis où le corps aurait besoin de la fraîcheur nocturne pour récupérer. Paris compte environ 21 % de canopée, l'une des plus faibles couvertures des grandes villes comparables. La Ville n'est pas immobile, mais l'échelle du défi appelle un changement de rythme.

+3 à 6 °Cl'écart nocturne ville / campagne en canicule (pointes 8 à 10 °C dans les secteurs très minéraux)
21 %de canopée à Paris, contre une cible métropolitaine de 30 % en 2030
42,6 °Crecord absolu, le 25 juillet 2019 à Paris
219 360arbres déjà recensés par la Ville, hors bois de Boulogne et Vincennes
La simulation

Un million d'arbres, mais en combien de temps ?

Paris part de 219 360 arbres. Le vrai levier n'est pas seulement le nombre, c'est le rythme. Choisissez combien d'arbres planter par an, et jusqu'à quand. Le simulateur en déduit ce que cela ajouterait, à maturité.

+0
arbre planté d'ici 2050
Parc total de Paris à l'horizon219 360 arbres
202624 ans2050
42 000arbres à planter par an pour y arriver
Plan Arbre (28 000) New York (125 000)
Cible 2030 : 30 %
0 %canopée de Paris (aujourd'hui 21 %)40 %
21 %
de canopée (couverture des arbres), à maturité
0 °C
rafraîchissement moyen de la ville en canicule (modélisé)
0 %
de la surmortalité de chaleur potentiellement évitée
0 t
de CO₂ absorbées par an, à maturité (25 kg par arbre)
0
l'oxygène d'autant d'habitants, environ (bénéfice réel modeste)
0 t
de NO₂ capté par an, ordre de grandeur très variable

Comment lire ces chiffres. Le rythme est comparé à deux repères réels : le Plan Arbre de Paris (environ 28 000 arbres par an) et MillionTreesNYC, où New York a planté un million d'arbres en huit ans, soit environ 125 000 par an. Hypothèses : arbres à maturité (20 à 30 ans de croissance) ; relation canopée / température d'après l'étude Lancet 2023 (porter la canopée à 30 % refroidit une ville d'environ 0,4 °C en moyenne et évite près d'un tiers de la surmortalité liée à l'îlot de chaleur, valeurs modélisées, non mesurées à Paris) ; 25 kg de CO₂ par arbre et par an (ADEME). L'oxygène est un bénéfice réel mais scientifiquement modeste (l'atmosphère en contient déjà 21 %). Pour la qualité de l'air, la baisse du trafic pèse davantage que les arbres seuls. À l'ombre, le jour, le confort ressenti gagne 3 à 5 °C là où l'on plante : une simulation pédagogique, pas une promesse.

Où planter

Cinq gisements, une même ville

Un arbre occupe environ 5 m² au sol mais projette près de 50 m² de couronne. L'espace physique existe : la vraie contrainte, c'est le sous-sol saturé de réseaux, l'arbitrage avec la voiture, et le temps de croissance. Voici où Paris peut planter, du plus facile au plus exigeant.

Facile et rapide

Les cours

Cours d'écoles et cœurs d'îlots désimperméabilisés. Paris a déjà transformé 203 cours Oasis et vise 360 d'ici 2030, sur près de 800 cours d'écoles et collèges. Peu d'arbres en nombre, mais des îlots de fraîcheur au plus près des habitants.

Fort levier

Les places et le stationnement

Le réaménagement des grandes places a déjà rendu plus de 25 000 m² à la végétation. Le vrai gisement : les 133 000 places de stationnement de surface. En convertir une part libère un potentiel de plantation considérable.

Volume principal

Les rues

100 000 arbres d'alignement aujourd'hui. Doubles alignements, fosses continues et trottoirs désimperméabilisés peuvent en ajouter des dizaines de milliers, à condition de recréer de la pleine terre là où passent les réseaux.

Fort mais lent et cher

Le périphérique

35 km de ceinture grise à muer en ceinture verte : la Ville annonce 50 000 arbres sur les talus et une couverture progressive. Le plus gros gisement unitaire, mais le plus coûteux. Le manifeste d'OXO, Mille Arbres, s'y logeait.

L'accélérateur

Les forêts urbaines denses

Des plantations serrées (méthode Miyawaki, jusqu'à un arbre par m²) sur les délaissés, talus et places. C'est ce qui permet d'approcher le million en comptant large, mais leur maturité se joue sur des décennies.

À ne pas survendre

Les toitures

Environ 80 ha de toits facilement végétalisables, mais surtout en substrat léger (sedum, graminées) : une toiture porte rarement un arbre, qui exige une structure renforcée et beaucoup de terre. Les toits comptent pour la fraîcheur, très peu pour le compteur d'arbres.

Ailleurs, c'est mesuré

Comment d'autres villes l'ont fait

Ce ne sont pas des promesses mais des relevés. Chacune a activé des gisements précis, souvent en reprenant de l'espace à la voiture. Voici comment.

Parc verdoyant à Medellín, pelouse, arbres et fontaine, avec la ville et les montagnes en arrière-planParc urbain, Medellín · Pexels

Medellín

-4,5 °C

Trente corridors verts sur les avenues et le long des rivières, 880 000 arbres et 2,5 millions de plantes depuis 2016. La température de l'air y est passée de 31,6 à 27,1 °C en trois ans.

Gisement activé : les axes routiers et les berges, transformés en corridors continus, plantés dense et entretenus par des jardiniers formés parmi les habitants.
Rue de Barcelone bordée d'arbres, jeux d'ombre et de lumièreBarcelone · Pexels

Barcelone

-5 °C

Les superîlots (superilles) rendent l'intérieur de neuf blocs aux piétons et aux arbres, avec une cible de 80 % d'ombrage et 20 % de sol perméable. En surface, l'été, jusqu'à 5 °C de moins.

Gisement activé : la voirie et le stationnement, repris à la voiture. La qualité de l'air s'améliore surtout grâce à la baisse du trafic, autant que grâce aux arbres.
Le Bosco Verticale à Milan, deux tours couvertes d'arbresBosco Verticale, Milan · Pexels

Milan

3 M

Le programme ForestaMi vise trois millions d'arbres sur l'aire métropolitaine d'ici 2030, environ 250 000 déjà plantés. Le Bosco Verticale, deux tours portant 800 arbres, en est l'emblème vertical.

Gisement activé : les friches et délaissés métropolitains pour le volume, et le bâtiment lui-même comme support d'arbres pour l'exemple, coûteux mais spectaculaire.
Central Park à New York, canopée d'automne cernée par les gratte-cielCentral Park, New York · Pexels

New York

1 M

MillionTreesNYC a planté un million d'arbres en huit ans (2007 à 2015), avec deux ans d'avance, pour environ 20 % de canopée en plus. Un rythme d'environ 125 000 arbres par an.

Gisement activé : les grands parcs à reboiser, les rues et un vaste partenariat public-privé et citoyen. Leçon : viser l'équité, car les quartiers aisés se plantent d'abord.
Déjà en marche

Ce que la Ville a déjà engagé

Paris n'est pas immobile : le Plan Arbre visait 170 000 arbres entre 2020 et 2026, quatre forêts urbaines ont vu le jour (place de Catalogne, parvis de l'Hôtel de Ville), le PLU bioclimatique de 2024 impose jusqu'à 65 % de pleine terre sur les grandes parcelles et protège 100 000 arbres d'alignement, et le périphérique amorce sa mue.

Nuance de rigueur : la Cour régionale des comptes a montré que le compteur des 170 000 arbres est en grande partie rempli par des plants forestiers denses (talus du périphérique, bois), et non par des arbres de rue de haute tige. C'est justement pour cela que penser tous les gisements à la fois, et le bâtiment lui-même comme support de nature, change l'échelle du possible.
La vision OXO

La nature n'est pas un décor, c'est une structure

Depuis plus de 20 ans, OXO Architectes défend une idée simple : le végétal n'est pas posé sur le bâtiment, il en fait partie. Le projet Mille Arbres en fut le manifeste, une forêt habitée d'environ mille arbres imaginée au-dessus du périphérique à la Porte Maillot, lauréate de Réinventer Paris en 2016 avec Sou Fujimoto. Ce projet précis n'a finalement pas été construit, mais la même conviction s'est bâtie ailleurs, et elle tient debout. Un million d'arbres, pour nous, n'est pas un slogan : c'est le prolongement d'une méthode déjà éprouvée.

Rester honnête

Ce qu'un million d'arbres ne fera pas

  • Les arbres rafraîchissent surtout le jour et localement. La nuit, quand l'îlot de chaleur est le plus fort, leur effet sur la température de l'air est plus modeste.
  • La baisse de température de l'air reste faible, souvent moins de 1 à 2 °C en moyenne. C'est le confort ressenti, à l'ombre, qui change le plus.
  • Un jeune arbre met 20 à 30 ans à donner une vraie canopée. Planter aujourd'hui, c'est rafraîchir la ville de 2050, à condition d'assurer la survie des arbres (eau, sols, canicules).
  • Le million n'a de sens qu'en activant tous les gisements et en visant d'abord la canopée, pas seulement le compteur. L'oxygène et la capture des polluants sont des bénéfices réels mais secondaires face à l'ombre et à la fraîcheur.

Rafraîchir la ville, c'est la dessiner autrement

Parlons de vos projets

Sources · Recensement opendata Ville de Paris (Les arbres), paris.fr et Cour régionale des comptes Île-de-France 2024 (Plan Arbre, cours Oasis, PLU bioclimatique) · Météo-France et APUR (îlot de chaleur, canopée) · The Lancet Planetary Health 2023 (canopée et surmortalité) · ADEME ArboClimat (CO₂) · Nowak et al. et i-Tree (oxygène, qualité de l'air) · Medellín, Barcelone, Milan, MillionTreesNYC (précédents). Simulation à visée pédagogique, valeurs modélisées à maturité.