Le Point — L'architecte de la biodiversité
Par Nathalie Lamoureux
C'était un rêve. Celui de vivre un jour dans une forêt avec une bibliothèque et quelques tours. Puis il a découvert qu'on pouvait le réaliser. Passionné depuis l'enfance par le dessin et les balades immersives en forêt, il a trouvé dans l'architecture le moyen de faire dialoguer le bâti et son environnement. Tous ses projets intègrent de grands pans de nature : terrasses, forêts intérieures, murs végétalisés.
Cet architecte, la ville de demain sera naturelle. « De beaux dessins de nature les fondements d'une vie intelligente et d'une ville de demain, une ville capable de se transformer en permanence et de se transformer. Le bio-mimétisme est l'avenir de l'urbanisme. Lorsque l'on aura réussi à créer une ville aussi performante que la nature, on s'en sortira très bien. »
L'Homme d'une certaine gentillesse, Manal Rachdi, 38 ans, incarne cette jeune génération d'architectes qui ose bouleverser l'ordre établi, en combinant analyse judicieuse, expérimentation espiègle, responsabilité sociale et humour. Un homme qui fait se réfléchir mutuellement le monde physique attaché à la terre et l'univers dématérialisé d'Internet.
Manal Rachdi a grandi au Maroc, dans une famille de propriétaires terriens. « La nature n'est pas seulement un paysage esthétique que l'on aime à contempler dans l'écrin d'une fenêtre, des forêts et des fleuves. C'est une forme d'intériorité à l'homme que l'espace habitable est entouré d'un espace cultivable. Une monde constituant dont toutes les pièces sont disposées pour entrer en résonance. Son grand-père paysan l'a guidé. « Il m'a dit : la nature rend ce que tu lui donnes, tu la travailles, tu la cultives, tu la sois, tu la sois et en retour qu'elle est responsable. Elle n'aide pas dans la terre et l'ajoutait : regarde ça, c'est une terre qui fait produire. Aujourd'hui, je sais de toute façon polluées qui ne font pas de bruit, grâce à un bitume absorbant ; quand les voitures roulent, on ne les entend pas, on peut s'allonger à côté. En France, la voiture électrique est très démocratisée. Dans dix ans, quand le projet aura commencé, les mentalités et les usages auront changé, car tout le périphérique aura changé lui aussi. »
Géologie. Sa scolarité est une carcan dont il peut difficilement s'extraire. « À l'école, j'attendais que ça se passe ! » Ses parents l'imaginent pharmacien. Il suit des études de biologie et de géologie qui se révèlent enrichissantes. « Cela m'a permis de comprendre l'infiniment petit et l'infiniment grand, et le fonctionnement des cellules et la photosynthèse. Être carrément, c'est important, je dis souvent à mon équipe que si on enlève quelque chose et que ça continue de fonctionner, c'est qu'on servait à rien. L'architecture doit faire sens. On n'est pas des artistes. Rien n'est arbitraire. Le joli ne m'intéresse pas. Ce qui fait sens m'intéresse, car les choses sensées durent plus longtemps que celles qui n'ont que la propriété du beau. »
Diplômé de l'École nationale supérieure d'architecture de Nantes en 2004, Manal Rachdi s'exerce à l'Anglais Duncan Lewis, base à Bordeaux et branché architecture écologique, puis à l'agence Du Besset-Lyon, célèbre pour la Maison de la Villette (1987) et l'immeuble du journal Le Monde, à Paris (1990), avant de rejoindre les Ateliers Jean Nouvel en 2007. Auprès d'eux, il participe à la conception ou aux chantiers des logements sociaux à Valence, en Espagne, de la bibliothèque de Clermont-Ferrand, de l'Opéra de Séoul et de la tour de la marque MoMa, à New York. Soucieux de vider propres ailes, il fonde l'agence OXO en 2006, avec Tanguy Vermet, puis, en 2009, sa propre structure, Manal Rachdi Oxo architectes, afin de développer des systèmes d'architecture qui transforment les pratiques urbaines.
Si Manal Rachdi fait partie d'une génération connectée pour qui la démocratisation des voyages et les évolutions technologiques permettent d'être partout à la fois, « pas question de se couper de ses racines ». Dès ses premières architecturales, c'est un projet qui a-t-il repensé Saclay-la-Ville, a conçu l'Arbre de Vie à Créteil – un écrin où sa famille, à la fin de sa vie, pouvait profiter de l'espèce que lui-même et son équipe ont imaginé de recréer.
« Si les arbres donnaient du wi-fi, on en planterait plus. C'est dommage, les arbres ne donnent que de l'oxygène. »
— Manal Rachdi