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Biographie de Manal Rachdi

David Rosenberg — biographie de Manal Rachdi · 2023-06-01

POUR UNE ARCHÉOLOGIE SENSIBLE DU CONTEXTE

À propos de Manal Rachdi, par David Rosenberg.

Jardins suspendus, terrasses et baies vitrées panoramiques, bâtiments fondus dans le paysage ou tours végétalisées se dressant vers le ciel, géométrie organique ou modulaire d'une blancheur immaculée, transparences offertes à la lumière, vastes espaces propices aux déambulations et aux rencontres : telle est la signature visuelle, la langue architecturale employée par Manal Rachdi. En quelques années, celui-ci s'est imposé comme l'un des architectes les plus innovants et les plus remarqués de sa génération, signant des projets avec son agence OXO ou bien à travers des collaborations prestigieuses avec Jean Nouvel ou Sou Fujimoto.

Manal Rachdi est né à Rabat, au Maroc, à la fin des années 1970, dans une famille d'ingénieurs et de scientifiques. Son père médecin et sa mère sage-femme lui transmettent une éthique du travail « dédiée au bonheur des autres ». Enfant, il préfère l'enseignement de la nature à celui des salles de classe où il s'ennuie à mourir. « J'aimais plus écouter les arbres que les instituteurs », dit-il simplement. À ses parents qui l'imaginent en pharmacien ou en dentiste, Manal répond, alors qu'il vient d'avoir 16 ans : « Je serai architecte. » L'aplomb avec lequel il annonce sa décision n'a d'égal que la conviction de ses parents qui persistent à l'inscrire dans un cursus de biologie et de géologie, où le jeune étudiant réalise toutefois un parcours brillant. L'étude de la formation des cellules ou des structures cristallines et la rigueur de l'approche scientifique ne l'éloignent pas de sa vocation première, au contraire. Elles servent de guide à sa pensée, et il entrevoit que les synergies opérant au sein de la nature peuvent être transposées dans le champ de l'architecture. Construire et imaginer une archi-nature, créer une relation symbiotique entre ces deux grands ordres que sont « nature » et « architecture », tel sera son credo.

Après deux années, il met un terme à ses études scientifiques et postule dans différentes universités à l'étranger afin d'étudier l'architecture. Il choisit d'intégrer l'école de La Cambre à Bruxelles en Belgique, où il passe le plus clair de son temps à la bibliothèque, dévorant tous les ouvrages qui lui tombent sous la main. Au détour d'un article dans une revue, il découvre le travail de Jean Guervilly, dont le minimalisme et la radicalité l'éblouissent. Il décide alors de poursuivre ses études à Nantes où officient de jeunes praticiens-théoriciens tels que Romain Rousseau ou Philippe Vion. Là, il se lie aussi d'amitié avec Hervé Bagot, un remarquable pédagogue, dont l'essentiel de l'enseignement se passe hors des salles de classe à visiter les marais salants de Guérande, des serres horticoles, des raffineries… Sa sensibilité et son ressenti de la nature se forgent à travers leurs échanges et leurs explorations sur le terrain.

Lors de sa dernière année d'études, il rencontre aussi Jacques Hondelatte, un homme discret mais adulé de ses pairs, véritable tête-pensante de l'architecture contemporaine qui l'encourage à étudier les œuvres de Rudy Ricciotti, Jean Nouvel, Lacaton & Vassal ou encore Rem Koolhaas et Zaha Hadid. Dans le même temps, il se passionne pour le land art et en particulier pour l'œuvre d'Andy Goldsworthy. Pour son diplôme de fin d'études intitulé « la transformation urbaine à travers le médium de l'art », Manal Rachdi choisit comme directeur de thèse l'artiste Ekkehart Rautenstrauch. Il retourne alors au Maroc pour réaliser de grandes sculptures en carton dans les rues, invitant les passants à se joindre à lui pour prendre part à la réalisation de ces constructions éphémères. Simplicité des formes, frugalité des matériaux de préférence recyclables, appropriation de l'espace public, dialogue et participation : Manal Rachdi restera toujours fidèle à ses premières expérimentations.

Son diplôme obtenu, il rejoint l'agence de Duncan Lewis, puis l'agence Du Besset-Lyon avant d'intégrer les équipes des Ateliers Jean Nouvel où il va passer un peu plus de quatre ans, travaillant sur d'importants projets tels que la Philarmonie de Paris ou la tour mixte du Museum of Modern Art (MoMA) de New York, ainsi que l'ensemble des projets des Ateliers Jean Nouvel aux États-Unis. À son retour en France en 2009, il décide de se consacrer à ses propres réalisations.

Pour raconter et éclairer son parcours, Manal Rachdi a choisi de faire appel à Éric Garandeau, un ami et écrivain aux multiples talents, fin connaisseur de l'architecture. Dans son texte qui se lit comme un roman, le lecteur trouvera toutes les clés permettant de décrypter cette œuvre en devenir, véritable plaidoyer pour une archéologie sensible du contexte.

Paris, juin 2023.

→ Lire la suite : [« L'Arbre et la balançoire », l'essai d'Éric Garandeau qui décrypte l'œuvre de Manal Rachdi](article-305.html).

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